Club de français du lycée Mourouj 4

 

A la suite de l'échec de son mariage avec le narrateur, Odile quitte le domicile conjugal.

 

  Après le départ d'Odile ma vie fut très malheureuse. La maison me semblait si triste que j'avais peine à y rester. Quelquefois, le soir, j'entrais dans la chambre d'Odile ; je m'asseyais dans un fauteuil près de son lit comme je l'avais fait quand elle était là et je pensais à notre vie. J'étais agité par de vagues remords' ; pourtant je n'avais rien de précis à me reprocher. J'avais épousé Odile que j'aimais, alors que ma famille eût souhaité pour moi des mariages plus brillants [...]. Je regardais le petit lit d'Odile ; que n'aurais-je donné maintenant pour y revoir ce corps allongé, cette tête blonde ? Et que j'avais peu donné au temps où il eût été si facile de conserver tout cela. Au lieu de chercher à comprendre ses goûts, je les avais condamnés ; j'avais voulu lui imposer les miens. Le silence presque terrifiant qui m'enveloppait maintenant dans cette maison vide était le châtiment2 d'une attitude qui avait été sans méchanceté, mais aussi sans grandeur d'âme.

 

  J'aurais dû partir, quitter Paris, mais je ne pouvais m'y décider ; je trouvais un douloureux bonheur à m'accrocher aux moindres objets qui me rappelaient Odile. Au moins dans cette maison, le matin à demi éveillé, il me semblait entendre une voix claire et douce qui, par la porte ouverte, criait : « Bonjour, Dickie ! ». Ce mois de janvier était un mois de printemps. Les arbres nus se détachaient sur un ciel parfaitement bleu. Si Odile avait été là, elle aurait mis, comme elle disait, « un petit tailleur », enroulé autour de son cou son renard gris et serait sortie dès le matin [...].

 

  Je passais mes nuits à essayer de comprendre quand avait commencé le mal. À notre retour d'Angleterre, nous étions parfaitement heureux. Peut-être eût-il suffi, dans une première discussion, d'une phrase prononcée sur un autre ton, avec une douce fermeté. Notre destinée est déterminée par un geste, par un mot : au début le plus petit effort suffirait pour l'arrêter, puis un mécanisme géant est mis en mouvement. Maintenant je sentais que les actes les plus héroïques n'auraient pu faire renaître chez Odile l'amour qu'elle avait eu jadis pour moi.

 

                                              André MAUROIS Climats, pp. 115 — 116 éd. Le livre de poche, 1983

 

1.  Remords : regrets

2.  Châtiment : punition.

 

I. ETUDE DE TEXTE (10 points).

 

A — Compréhension (7 points).

 

1.  Quels sentiments le narrateur éprouve-t-il à la suite du départ d'Odile ? Citez-en deux.           2 points

                                                                                                                                                         

2.  a. Pourquoi le narrateur ne se décide-t-il pas à quitter le domicile conjugal ?

 

    b. Relevez et expliquez un procédé d'écriture qui en rend compte.                                              3 points

 

3.  Dans le dernier paragraphe, et après l'analyse de la situation, à quelle conclusion le narrateur aboutit - il ? Justifiez votre réponse par un indice du texte.                                                                           2 points

                                                                                                       

B - Langue (3 points).

 

1. Vocabulaire. (1 point)

 

« Au lieu de chercher à comprendre ses goûts, je les avais condamnés. »

 

a — Réécrivez la phrase en remplaçant le verbe souligné par un autre verbe de sens équivalent.

 

b — Construisez une phrase où le verbe « condamner » a un sens différent.

2. Grammaire. (2 points)

 

« La maison me semblait si triste que j'avais peine à y rester. »

 

a.  Identifiez le rapport logique exprimé dans cette phrase.

 

b. Réécrivez cette phrase de manière à exprimer un rapport de cause. (apportez les modifications nécessaires).

 

II. ESSAI (10 points).

 

« Je trouvais un douloureux bonheur à m'accrocher aux moindres objets qui me rappelaient Odile. »

 

Pourquoi, selon vous, l'attachement aux objets et aux lieux qui rappellent le passé peut-il nous procurer un certain bonheur après le départ des personnes chères ?

 

Vous développerez votre point de vue en vous appuyant sur des arguments et des exemples précis.

 

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