Club de français du lycée Mourouj 4

 

  Après un violent combat et alors que les bombardements continuent, le narrateur, soldat allemand, se retrouve dans le même trou d'obus avec un soldat français.

 

  Il fait clair, une clarté grise, celle du jour qui naît. Les râles* continuent. Je me bouche les oreilles, mais bientôt je retire mes doigts, parce que, autrement, je ne pourrais pas entendre ce qui se passe.

La forme qui est en face de moi se remue. Je tressaille d'effroi et, malgré moi, je la regarde. Maintenant mes yeux sont comme collés fixement à elle. Un homme avec une petite moustache est là étendu ; sa tête est inclinée sur le côté ; il a un bras à demi ployé, sur lequel la tête repose inerte. L'autre main est posée sur la poitrine, elle est ensanglantée.

 

  Il est mort, me dis-je ; il doit être mort ; il ne sent plus rien ; ce qui râle là n'est que le corps ; mais cette tête essaye de se relever ; les gémissements deviennent, un moment, plus forts, puis le front retombe sur le bras. L'homme se meurt, mais il n'est pas mort. Je me porte vers lui en rampant ; je m'arrête, je m'appuie sur les mains, je me traîne un peu plus en avant, j'attends ; puis je m'avance encore ; c'est là un atroce parcours de trois mètres, un long et terrible parcours. Enfin, je suis à côté de lui.

 

  Alors il ouvre les yeux. Il m'a sans doute entendu et il me regarde avec une expression de terreur épouvantable. Le corps est immobile, mais dans les yeux se lit un désir de fuite si intense que je crois un instant qu'ils auront la force d'entraîner le corps avec eux, de faire des centaines de kilomètres rien que d'une seule secousse. Le corps est immobile, tout à fait calme et, à présent, silencieux ; le râle s'est tu, mais les yeux crient et hurlent ; en eux toute la vie s'est concentrée en un effort extraordinaire pour s'enfuir, en une horreur atroce devant la mort, devant moi.

 

  Je sens que mes articulations se rompent et je tombe sur les coudes. "Non", fais-je en murmurant.

Les yeux me suivent. Je suis incapable de faire un mouvement tant qu'ils sont là. Alors sa main s'écarte lentement et légèrement de la poitrine ; elle se déplace de quelques centimètres, mais ce mouvement suffit à relâcher la violence des yeux. Je me penche en avant, je secoue la tête et je murmure : "Non, non, non", je lève une main en l'air, pour lui montrer que je veux le secourir et je la passe sur son front.

 

                                           Erich Maria REMARQUE, À L'ouest rien de nouveau, Le Livre de poche

 

* Bruit rauque de la respiration chez un mourant.

 

ETUDE DE TEXTE : (10 points)

 

I - COMPREHENSION (7 points)

 

1) Dans quel but le narrateur s'avance – t - il vers le soldat français ?                                          (2 points)

 

2) Quels renseignements le texte fournit - il sur l'état physique du soldat français ?

Justifiez votre réponse par des indices précis du texte.                                                                  (3 points)

 

3) Dans le quatrième paragraphe, l'auteur met en évidence la peur ressentie par le soldat français. Relevez et analysez deux procédés d'écriture employés pour traduire l'intensité de ce sentiment.             (2 points)

 

II— LANGUE (3 points)

 

1)               « Je me porte vers lui en rampant. »

 

Relevez dans le troisième paragraphe deux verbes de même sens que le verbe souligné.             (1 point)

 

2)                «Je me bouche les oreilles, mais bientôt je retire mes doigts, parce que, autrement,  je ne pourrais pas entendre ce qui se passe. »

 

Réécrivez ce qui est souligné en remplaçant "autrement" par une proposition subordonnée d'hypothèse introduite par "si".                                                                                                                           (1 point)

 

3)  À partir des deux énoncés suivants, construisez une phrase complexe contenant une proposition subordonnée circonstancielle de but :

 

a.  Je lève une main en l'air.

 

b. 11 comprendra que je veux le secourir.                                                                                     (1 point)

 

ESSAI  (10 points)

 

  Plusieurs peuples à travers le monde souffrent de la guerre.

 

À votre avis, les jeunes sont-ils sensibles ou au contraire indifférents aux souffrances des victimes de la guerre ?

 

Vous exprimerez votre point de vue à ce sujet en l'illustrant par des arguments et des exemples précis.

 

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