Club de français du lycée Mourouj 4

 

Pendant la guerre civile espagnole en 1939, alors que Soledad vivait avec son fils dans un bidonville, à la périphérie de Barcelone, son mari Luis s'est engagé avec les républicains pour défendre la ville contre l'offensive du général Franco et venger les morts, parmi lesquels le premier mari de Soledad.

Les sirènes la surprirent une nouvelle fois, un matin, tandis qu'elle approchait du port. Pourtant, cette fois, au lieu des bombes, les avions larguèrent1 des miches de pain dans les rues de la ville. Elle avait trouvé refuge près des bâtiments de la Généralité. Comme ceux et celles qui s'abritaient là, elle hésitait à sortir en se demandant pourquoi elle n'entendait ni explosion ni déflagration. Pourtant, des cris montaient de la rue. Elle quitta son abri, vit des femmes se battre, aperçut les miches de pain sur les trottoirs, se précipita pour en ramasser. A peine s'en était-elle emparée d'une qu'un homme tenta de la lui arracher. Elle résista, reçut un coup, se retrouva à terre, le souffle coupé, craignant d'avoir blessé son enfant dans sa chute. Mais non, seule la peur le faisait pleurer. Elle se releva, s'appuya au mur et, horrifiée2, vit des femmes s'arracher le pain et enfouir leur butin dans leur corsage, des hommes d'âge mûr se battre avec une violence inouïe. A moins de cinq mètres, elle aperçut une miche retenue par les branches basses d'un platane. Elle eut honte de sentir la salive envahir sa bouche, honte de s'approcher en surveillant les alentours, honte, enfin, de dissimuler la miche sous sa veste et de s'enfuir comme une voleuse pour, une fois seule, loin du centre- ville, manger avec avidité ce pain cuit par ceux qui pouvaient tuer Luis comme ils avaient tué Miguel. Elle mangeait sans presque mâcher, et plus elle mangeait, plus les larmes coulaient sur ses joues, plus elle avait honte, plus la croûte brune lui semblait bonne. Elle donna un peu de mie à son fils qui l'apprécia et lui en redemanda. Songeant qu'elle n'avait plus beaucoup de lait, elle regretta de ne pas avoir ramassé davantage de pain, mais, aussitôt, elle revit les femmes en furie et, de nouveau, la honte la submergea. Elle reprit sa route vers le bidonville, comprit en arrivant que les mêmes scènes s'étaient déroulées dans le camp : des morceaux de pain noirs de boue jonchaient les allées, alors qu'un profond silence régnait

sur les maisons de tôle.

Christian SIGNOL

Les amandiers fleurissaient rouge, p.236 éd.Robert Laffont, 1988

1.   Larguèrent : lâchèrent, jetèrent...

2.   Horrifiée : scandalisée, frappée d'horreur 3. Dissimuler : cacher

 

I - ETUDE DE TEXTE (10 points).

A Compréhension (7 points).

1.    Comment la population de Barcelone réagit-elle en ramassant le pain largué par les avions ? Justifiez votre réponse par une phrase du texte.

2 points

2.   « Elle eut honte de sentir la salive envahir sa bouche, honte de s'approcher en surveillant les alentours, honte, enfin, de dissimuler la miche sous sa veste et de s'enfuir comme une voleuse pour, une fois seule, loin du centre-ville, manger avec avidité ce pain. »

a.   Identifiez et relevez un procédé d'écriture qui caractérise cette phrase.

b.   En quoi ce procédé renseigne-t-il sur les sentiments de Soledad ?

2 points

3. Partant de la réaction des habitants de Barcelone et de celle de Soledad, montrez les effets de la guerre sur le respect des valeurs humaines.

3 points

B — Langue ( 3 points)

1) Grammaire (1,5)

Soledad n'entend ni explosion ni déflagration, pourtant des cris montent de la rue.

a)   Identifiez le rapport logique exprimé dans cette phrase.

b)   Récrivez la phrase en employant une conjonction de subordination exprimant le même

rapport logique.

2) Vocabulaire (1,5)

« Elle reprit sa route vers le bidonville, comprit en arrivant que les mêmes scènes s'étaient déroulées dans le camp ».

a)   Réécrivez la phrase en remplaçant le mot souligné « scènes » par un mot de sens équivalent.

b)   Construisez une phrase où le mot « scène » a un sens différent.

II. ESSAI (10 points).

« Elle se releva, s'appuya au mur et, horrifiée, vit des femmes s'arracher le pain et enfouir leur butin dans leur corsage, des hommes d'âge mûr se battre avec une violence inouïe.

Pensez-vous, comme l'affirme le narrateur, que la guerre soit une atteinte à la dignité et au respect de l'homme?

Vous développerez votre point de vue en vous appuyant sur des arguments et des exemples

précis.

 

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